Sept semaines
Le courrier est daté du 16 septembre 2026. Il annonce que l'API V1 de SolarEdge, celle sur laquelle repose la collecte de la plupart des outils de supervision tiers, cessera de fonctionner le 3 novembre. Un webinaire est proposé le 18. Entre l'annonce et l'extinction, sept semaines.
Sept semaines, pour un exploitant qui a bâti sa collecte sur cette API, c'est le temps de tout réécrire, de l'authentification à la télémétrie des onduleurs, puis de refaire tourner l'historique. La documentation ne prétend pas le contraire : elle présente la V2 comme une reconstruction complète, et non comme une version rétro-compatible. Nouvelle adresse, clé transmise dans un en-tête X-API-Key au lieu d'un paramètre d'adresse, et une clé V1 qui ne sert à rien en V2. Rien ne se migre : tout se réécrit.
On peut trouver le délai court. On peut aussi relever que les paliers payants sont offerts jusqu'au 1er novembre à qui souscrit avant cette date, carte enregistrée et facturation différée. La période d'essai et le préavis se referment à deux jours d'écart. C'est cohérent.
Ce que ça coûte
La V1 était gratuite, dans la limite de trois cents appels par jour et par site. La V2 est un abonnement mensuel, réglé par carte bancaire sur le SolarEdge Store, en dollars hors taxes. Un appel consomme un crédit, quel que soit l'appel.
| Palier | Prix mensuel | Crédits par mois | Appels par minute | Applications |
|---|---|---|---|---|
| Free | 0 $ | 2 000 | 10 | 1 |
| Business Starter | 100 $ | 20 000 | 25 | 1 |
| Business Growth | 400 $ | 100 000 | 50 | 3 |
| Business Pro | 1 000 $ | 400 000 | 100 | 5 |
| Enterprise | sur devis | sur devis | sur devis | illimité |
Trois règles accompagnent la grille. Les crédits non consommés sont perdus en fin de mois. Changer de palier revient à résilier puis à racheter, en abandonnant les crédits restants : la documentation le dit elle-même, et range l'amélioration dans sa feuille de route. Le dépassement, optionnel, se paie un cent le crédit jusqu'à une fois et demie l'allocation ; au-delà, les appels sont refusés jusqu'au mois suivant.
Le palier gratuit mérite un calcul que la documentation fait à notre place : une seule centrale interrogée toutes les quinze minutes en journée consomme 2 880 appels par mois, pour 2 000 crédits. Le gratuit ne tient donc pas une centrale. Il sert à essayer, pas à superviser.
Ce qu'on perd
Le prix n'est pas la partie la plus gênante. Trois choix de conception changent le coût réel d'une supervision, quel que soit le palier.
Les appels groupés disparaissent. La V1 acceptait jusqu'à cent sites dans un même appel d'énergie ; la V2 exige un appel par site, « Bulk variants removed — call per site », pour reprendre la documentation. Un parc de cent centrales relevé une fois par heure passait par un appel. Il en faut désormais cent, chacun décompté.
Les fenêtres se rétrécissent. Au pas horaire, un appel couvrait un mois ; il couvre vingt-quatre heures. Au quart d'heure, douze heures. Au pas journalier, un mois au lieu d'un an. Reconstituer une année d'historique horaire d'une centrale coûtait treize appels ; il en coûte 365. Multipliez par le nombre de centrales à raccorder, et le palier se choisit tout seul.
| Pas de temps | Fenêtre par appel, V1 | Fenêtre par appel, V2 | Une année d'historique, V1 | Une année d'historique, V2 |
|---|---|---|---|---|
| Quart d'heure | un mois | douze heures | 13 appels | 730 appels |
| Heure | un mois | vingt-quatre heures | 13 appels | 365 appels |
| Jour | un an | un mois | 1 appel | 12 appels |
La télémétrie s'appauvrit. Les champs retirés sont listés par la documentation elle-même : tension continue, température interne, mode de fonctionnement, limitation de puissance, mesures par phase, puissances apparente et réactive. Le pas de cinq minutes devient un pas de quinze. Côté batterie, la température interne et l'état numérique disparaissent. Pour qui diagnostique un onduleur à distance, la tension continue et la température sont les deux grandeurs qu'on regarde en premier : un onduleur qui chauffe et se bride se lit là, pas dans son énergie du jour.
Un dernier champ quitte la vue d'ensemble du site : l'heure de dernière communication. Nous avons raconté ce qu'il vaut : sur 72 coupures de communication relevées en quatre semaines, le portail n'en avait déclaré aucune, et c'est ce champ, et lui seul, qui les révélait. Il n'existe plus sous cette forme. Le silence d'une centrale devra se détecter autrement, à partir des mesures elles-mêmes.
Ce qu'on gagne, et pourquoi ça change tout pour SolarEdge
Il faut maintenant dire l'autre moitié, et la dire sans réserve.
La V1 n'avait aucun point d'accès « liste des alertes ». La fiche d'un site portait un compteur et une sévérité maximale, rien d'autre : ni la cause, ni le composant, ni la date. Pour savoir qu'une alerte venait d'apparaître, nous relisions cette fiche toutes les trente minutes, jour et nuit, soit quarante-huit fois par jour et par centrale, et nous fabriquions une alarme à partir d'un compteur qui bouge. Cette alarme disait « SolarEdge signale des alertes actives, consultez le portail », et ne pouvait rien dire d'autre. Un peu plus de la moitié de nos appels à SolarEdge servaient à ça : surveiller un chiffre.
La V2 corrige cela. Un point d'accès /alerts liste les alertes de toute la flotte, cent par page, ou celles d'un seul site. Chaque alerte porte une catégorie, un type, un impact de 1 à 9, un statut ouvert ou fermé, les dates de premier et de dernier déclenchement et de clôture, le composant fautif avec son numéro de série, et ses codes d'erreur. C'est disponible à tous les paliers, gratuit compris.
Pour un outil de supervision, c'est un changement de nature. Une alarme SolarEdge cessera d'être un renvoi vers le portail pour devenir ce qu'elle est déjà chez les autres constructeurs que nous intégrons : un événement daté, nommé, attribué à un équipement, qu'on peut suivre, notifier et clore. PVReactive fera de ce point d'accès le socle de ses alarmes SolarEdge, à la place du sondage.
Le reste est moins spectaculaire, mais réel : la télémétrie de tous les onduleurs d'un site en un seul appel ; un inventaire qui inclut batteries, compteurs, nombre d'optimiseurs et version logicielle ; un point d'accès de performance où le constructeur calcule lui-même productible spécifique et Performance Ratio ; des horodatages avec fuseau explicite ; une latence annoncée cinq fois plus faible ; et une clé sortie de l'adresse, donc sortie des journaux de serveurs où elle traînait jusqu'ici.
Ce que ça ne dit pas
Le palier Enterprise est « sur devis ». Un exploitant qui dépasse 400 000 appels par mois ne connaît donc pas son coût avant de l'avoir demandé. La grille publique s'arrête là où commencent les parcs importants.
Rien n'est dit de la stabilité des prix. Une grille publiée en 2026 peut être révisée en 2027 ; l'abonnement se prend au mois, la dépendance se construit sur des années.
Rien n'est dit non plus de la durée de vie de la V2. La V1 s'éteint avec sept semaines de préavis ; aucun engagement écrit n'indique que la V2 sera traitée autrement le jour où viendra une V3. Une reconstruction complète plutôt qu'une version rétro-compatible : la description est honnête. C'est aussi un précédent.
Reste le consentement. Pour superviser les centrales de ses clients, un exploitant passe par une application « flotte externe » : le propriétaire de la flotte approuve un lien valable quatorze jours, pour une durée de trois à vingt-quatre mois, puis renouvelle. Le principe est sain : un accès explicite vaut mieux qu'une clé qui circule. Mais un lien qui expire et une autorisation à renouveler, multipliés par le nombre de clients, forment une charge que la V1 n'avait pas, et qui retombe sur celui qui supervise.
Ce que nous faisons
Nous migrons avant le 3 novembre. La cadence horaire de la supervision est conservée : le passage à un appel par site et par fenêtre est absorbé de notre côté, pas par la fraîcheur des données. Le point d'accès des alertes remplace le sondage du compteur ; c'est la partie de la migration que nous aurions faite même sans échéance.
Le palier retenu et l'articulation de cet abonnement constructeur avec nos propres offres ne sont pas arrêtés. Nous ne les annoncerons pas avant qu'ils le soient.
Sources
Dates, paliers, crédits, fenêtres, champs retirés et description du point d'accès des alertes : courrier SolarEdge du 16 septembre 2026 et documentation officielle de l'API SolarEdge, relevée le même jour, y compris les limites de la V1 encore en ligne à cette date. La cadence de sondage du compteur d'alertes et la part des appels qu'elle représente sont mesurées sur notre propre collecte. Les 72 coupures de communication sont celles de l'article voisin, relevées entre le 15 août et le 12 septembre 2026.