Ce qu'on voit
Le 3 septembre 2026 au matin, une centrale de 100 kilowatts-crête en toiture, en service depuis 2020, réapparaît dans nos relevés. Elle en était sortie le 28 août à 18 h 09.
Entre les deux, cinq jours et quatorze heures. Pendant toute cette période, la fiche du site chez le constructeur portait la mention « Actif » et comptait zéro alerte. Rien, sur cet écran, ne signalait quoi que ce soit.
Un seul champ disait autre chose : la date de dernière remontée. Elle restait bloquée au 28 août à 18 h 09, et vieillissait d'un jour par jour.
Ce que ça pouvait être
À ce stade, trois explications tiennent debout, et aucune ne peut être écartée depuis un écran.
La centrale est à l'arrêt. Onduleurs en défaut, coupure réseau, protection déclenchée. Cinq jours d'arrêt sur cette puissance, à cette saison, se comptent en milliers de kilowattheures. C'est l'hypothèse coûteuse, et c'est celle qui justifierait un déplacement le jour même.
La centrale produit, mais ne parle plus. La passerelle de communication a perdu son alimentation ou sa connexion. Les onduleurs continuent, personne ne les entend. Dans ce cas la perte de production est nulle, et le déplacement peut attendre le prochain passage.
C'est notre collecte qui est en cause. Un jeton d'authentification expiré, un quota dépassé, une tâche plantée de notre côté. La centrale et son portail vont bien, c'est le tuyau entre eux et nous qui est bouché.
Les trois produisent exactement la même chose à l'écran : une courbe qui s'arrête. Et pendant qu'on hésite, le statut affiché continue d'annoncer « Actif », ce qui pousse doucement vers la mauvaise conclusion.
Ce qui les sépare
La troisième hypothèse tombe la première, et elle tombe sans rien demander à personne. Au même moment, les autres centrales du même compte constructeur remontaient normalement. Si notre collecte était en cause, elles se seraient tues ensemble. Le silence était local, pas global.
Restent les deux premières. Et là, il faut comprendre ce que le mot « Actif » désigne réellement.
Le statut d'un site, chez SolarEdge, qualifie l'état administratif de l'installation : elle est enregistrée, en service, non résiliée. Il ne qualifie pas la collecte. Un site peut être « Actif » et n'avoir rien envoyé depuis plus de deux semaines : les deux informations ne vivent pas dans le même champ et ne sont pas mises à jour par le même mécanisme. Le champ qui décrit la collecte, c'est la date de dernière mise à jour, et elle seule.
Nous avons regardé ce que ça donne à l'échelle du parc. Un peu moins de sept centrales sur dix que nous suivons sont équipées en SolarEdge. Depuis le 15 août 2026, date à laquelle nous avons commencé à lire ce champ, 72 épisodes de silence ont été relevés sur 53 centrales distinctes.
Sur ces 72 épisodes, le portail en a déclaré zéro. Pas un seul n'est remonté sous la mention réservée aux ruptures de communication. Les 72 ont été détectés parce que la date de dernière remontée avait vieilli au-delà de vingt-quatre heures, pendant que le statut affiché restait exploitable.
Ce seuil de vingt-quatre heures n'est pas un choix rond. La carte de communication est alimentée par l'onduleur : une centrale normale se tait toute la nuit, et ce trou nocturne atteint seize heures au solstice d'hiver. Descendre à douze heures reviendrait à déclarer muet tout le parc chaque matin de décembre.
Reste à trancher entre l'arrêt et la coupure de lien. La réponse arrive au rétablissement, et elle est sans appel : quand la communication revient, l'historique manquant revient avec elle. Si la centrale tournait, les journées absentes se remplissent de vraies valeurs. Si elle était à l'arrêt, il n'y a rien à rattraper.
Production journalière, avant et après la coupure
Centrale de 100 kilowatts-crête · 26 août au 6 septembre 2026
Les quatre journées entièrement comprises dans le silence totalisent 1 401,6 kilowattheures : 300,6 le 29 août, 328,0 le 30, 358,3 le 31 et 414,7 le 1er septembre. Aucune de ces lignes n'a été écrite le jour même. Toutes portent une date d'écriture du 3 ou du 4 septembre, c'est-à-dire après le retour.
La centrale tournait. Elle a produit ces jours-là comme les jours d'avant et comme les jours d'après. Le verdict est donc la deuxième hypothèse : lien de communication coupé, centrale intacte.
Le verdict, et ce qu'il a coûté
Zéro kilowattheure de production perdu. C'est la bonne nouvelle, et c'est aussi ce qui rend l'incident intéressant : une coupure de communication ne laisse aucune trace dans le compteur. Elle ne coûte rien à celui qui ne regarde que le total annuel.
Elle coûte trois choses à celui qui exploite.
Cinq jours et quatorze heures sans filet. Pendant cette fenêtre, une chaîne de modules pouvait tomber, un onduleur se mettre en défaut, un ombrage apparaître : rien ne serait remonté. Le silence ne protège pas la centrale, il masque tout ce qui aurait pu lui arriver. Et il est plus long qu'on ne croit : sur les 63 épisodes refermés, la durée médiane est de 31,6 heures, mais 14 d'entre eux ont dépassé trois jours pleins, et le plus long a duré 441 heures, soit dix-huit jours.
Une journée définitivement absente. Le rattrapage n'est pas garanti. Sur cette centrale, le 2 septembre ne porte aucune ligne, et n'en portera jamais. Les deux journées qui l'encadrent valent 414,7 et 413,7 kilowattheures : l'ordre de grandeur manquant est donc de l'ordre de 400 kilowattheures, mais nous ne l'écrirons pas dans l'historique, parce que nous ne l'avons pas mesuré. Une ligne absente n'est pas une ligne à zéro, et la confondre avec un zéro fabriquerait une fausse contre-performance pour les dix prochaines années.
Un doute qui se paie en déplacements. Sans le champ de dernière remontée, la seule façon de départager l'arrêt et la coupure de lien est d'envoyer quelqu'un sur place. À 28 centrales muettes depuis plus de vingt-quatre heures le 14 septembre, la question se pose en permanence sur le parc.
Ce qu'on en a tiré
Une règle courte : ne jamais conclure « la centrale communique » depuis un champ de statut. Lire la date de dernière remontée, la comparer à l'heure qu'il est, et déclencher au-delà de vingt-quatre heures.
Et une deuxième, moins évidente : quand la communication revient, regarder si l'historique est revenu avec elle. C'est ce recoupement qui distingue une centrale qui s'est tue d'une centrale qui s'est arrêtée. Sur les 46 épisodes qui contenaient au moins une journée entière de silence, dix ont vu de la production réelle réécrite après coup. Les autres demandent un examen au cas par cas, et surtout pas un zéro par défaut.
Méthode et sources
Les comptages portent sur le parc suivi au 14 septembre 2026, dont un peu moins de sept dixièmes sont équipés en SolarEdge. Les épisodes de silence sont les incidents de perte de communication enregistrés entre le 15 août et le 12 septembre 2026, avec leur date de début, leur date de rétablissement et le motif de détection. Le seuil de vingt-quatre heures est celui de la configuration en service à cette date.
La production journalière de la centrale illustrée est la somme de ses relevés horaires, et la date d'écriture de chaque ligne provient de la base elle-même. La centrale est désignée par sa puissance, son type de pose et son année de mise en service ; aucun autre élément permettant de l'identifier n'est publié.